Quel est le but de ma vie ? Je n’ai pas de but propre. Ayant franchi la troisième étape, j’ai renoncé au droit d’avoir des buts, en dehors du but de n’avoir aucun but. Or, si je devais guetter le but de ma vie, qu’est-ce que je devinerais ? Transmettre ce message, le message de n’avoir aucun but en dehors de n’en avoir aucun.
Est-ce que cela veut dire qu’on fait cela tout le temps ? Loin de là. Il faut maintenir son existence physique, y compris au sens financier, et à cette fin, la plupart des gens doivent entreprendre un travail rémunérateur. Indépendamment de cela, il faut entreprendre d’autres activités constructives. On apprend. On crée. On lit. On écoute. On acquiert une habileté. On maximise son potentiel. Il est rare que cela prenne une forme rentable. On oublie l’obsession anglo-saxonne pour le pognon, la productivité, le rendement. Ceux-là peuvent être un premier signe de valeur ; de toute façon, ce sont souvent le dernier aussi. Les activités les plus valables et inspirantes pour les autres sont souvent banales, prosaïques : on n’aurait jamais deviné la correspondance. Comment peut-on naviguer dans un monde, une vie où on ne peut jamais déchiffrer la valeur globale de ses démarches à travers l’espace et le temps pour choisir un chemin ? On demande à Dieu.